MUSIQUE DANSE

VOETVOLK, LISBETH GRUWEZ & CLAIRE CHEVALLIERFR/BE PIANO WORKS DEBUSSY

Toutes les audaces ne sont pas forcément explosives. On a beaucoup décrit la danseuse flamande Lisbeth Gruwez – entre autres éblouissante interprète de Jan Fabre – comme indomptable et quasiment punk. En se consacrant soudain à un choix d’oeuvres pour piano de Debussy, toute en élégance corporelle, elle effectue donc un déplacement stupéfiant. Cela, non sans rappeler que le compositeur paraissait provocateur au regard des conventions académiques de son temps.

Le plateau est immense, sobrement habité d’une magnifique scénographie, discrètement mobile, autour d’un piano d’époque, souverain. Si on souligne ce cadre, tout d’abord en passant, c’est que la notion d’espace est prééminente, formidablement investie en même temps que profondément respectée, dans la chorégraphie de Piano Works Debussy. Lequel disait : « La musique est l’espace entre les notes ». Cette qualité, toute de clartés détachées, vibre déjà dans les sonorités que déploie Claire Chevallier au piano, grande spécialiste de cette musique française, parfois suspendue d’un souffle.

Sur quoi la danse va faire tout autre chose que s’appuyer, rebondir ou redoubler, en laissant toujours frémir, pleinement et pour lui-même, cet entre-deux qui est l’espace de l’écoute et du dialogue. Les gestes de la danseuse restent ceux d’un lyrisme rhétorique aux membres incantatoires, mais aussi d’arcatures, de penchés et de déséquilibres, au fond toujours ardents. Toutefois, jamais aucune surenchère physique ne vient heurter la somptueuse qualité, réverbérante, d’une séduction révélée entre les deux arts. 


Tout est permis dans ce jeu qui s’installe entre la danseuse /chorégraphe Lisbeth Gruwez et la pianiste Claire Chevallier, l’une excellant dans la grâce de ses mouvements, l’autre dans la virtuosité de ses lignes mélodiques. Le Télégramme