PERFORMANCE DIGITALE

SIMON SENNCH BE ARIELLE F.

Un jour de Black Friday, Simon Senn achète en ligne la réplique numérique d’un corps féminin pour douze dollars (c’était le seul modèle qui correspondait à sa morphologie). Après avoir téléchargé une palette de mouvements, il l’anime avec des capteurs de jeu vidéo. En quelques minutes, il se voit « dans » le corps d’une femme, via un casque de réalité virtuelle. L’artiste ressent de telles émotions, comparables à un coup de foudre, qu’il part à la recherche de la femme ayant été scannée dans les moindres détails. Débute alors une enquête passionnante qui débouchera sur la rencontre avec Arielle F., la jeune anglaise modélisée. 

Dans une conférence théâtrale – qui tient à la fois de la confession, du travail de détective et du récit de science-fiction –, le plasticien et vidéaste témoigne de son voyage troublant entre numérique et organique. Avec la complicité d’Arielle, il retrace leurs échanges au sujet du corps virtuel qui flotte entre eux. 

Animé par Simon Senn, ce « troisième corps » est projeté sur écran en temps réel. Et nous voilà absorbés dans une intrication inattendue entre psychologie, genre, image, sensualité, technologie et loi... Si certaines questions resteront sans réponse, on devrait savoir s’il est possible de danser Don’t Cha des Pussycat Dolls dans la réplique 3D d’une étudiante en design...


Une expérience digne d’un roman de SF qui nous questionne sur le genre, le consentement, l’intégrité physique ou le droit encadrant les scans et les données personnelles sur Internet. Libération