DANSE

SERGE AIMÉ COULIBALY, FASO DANSE THÉÂTREBF/BE KALAKUTA REPUBLIK

Leader de la scène chorégraphique africaine, Serge-Aimé Coulibaly puise dans la figure jamais éteinte de Fela Kuti, une puissance qui soulève un continent en marche.

Qu’est-ce que l’art contemporain ? Celui qui relève les traits les plus aigus du monde de son temps ? Alors l’Afrique de l’Ouest est l’un des foyers essentiels de la danse qui s’invente. Serge-Aimé Coulibaly en est une figure de proue. Il s’est forgé dans un Burkina Faso où le théâtre était très actif, puis la danse, effectuant des allers retours entre l’Europe – notamment la compagnie d’Alain Platel dont il fut interprète éminent – et Ouagadougou.

Dans Kalakuta Republik, Coulibaly s’entoure de six danseurs parmi les plus marquants, et d’une très belle bande son, pour éveiller le legs au présent de Fela Kuti. Il ne s’agit pas de dresser un biopic du célèbre musicien nigérian. Il s’agit de sonder sa vitalité d’engagement, qui rayonne encore deux décennies après sa disparition. Comment une invention musicale, l’afro-beat, une attitude dans le monde (le conduisant à plusieurs reprises derrière les barreaux), purent soulever une génération sur un continent entier ?

Kalakuta Republik était le lieu mythique créé par l’artiste, et la pièce éponyme recrée l’atmosphère d’un Shrine où se partageaient autant les ferveurs spirituelles d’un temple que celles corporelles d’une discothèque. Pièce de bouillonnement fusionnel, par moment déjantée, surgie dans    la foulée du dernier soulèvement de la population burkinabé, Kalakuta Republik a effectué une entrée en grand sur les scènes européennes,  par le festival d’Avignon. Elle n’a plus cessé de tourner. Même à travers sa référence historique, l’Afrique qu’elle transporte ne veut connaître que le futur.


Le chorégraphe signe sa création la plus ambitieuse : une réussite qui raconte autant Fela Kuti, l’Afrique contemporaine que les aspirations à la liberté. Les Inrockuptibles