DANSE

RACHID OURAMDANEFR VARIATION(S)

Fabuleux portraitiste en danse, Rachid Ouramdane en vient aux claquettes pour saisir ce que le rythme révèle d’insoupçonné, chez la personne en mouvement.

L’art du mouvement n’en a jamais fini de frayer avec celui du son. Sur ce fil, Rachid Ouramdane a produit d’immenses pièces où la musique minimaliste répétitive dégageait de vastes horizons de contemplation dans la variation. On connaît un autre Rachid Ouramdane : celui qui, en format plus proche, s’attache aux récits de vie, et en recherche la palpitation dans le geste.

Sa nouvelle pièce se noue, au croisement de ces deux perspectives. Qu’est-ce que le jeu du rythme finit par révéler, à travers corps, d’une palpitation de l’intime, part cachée, au-delà des mots, qui émane du plus profond de la personne ? L’humanité singulière de l’art de la rencontre, pratiquée par le chorégraphe, renouvelle cette question.

Rachid Ouramdane s’est particulièrement attaché à deux de ses interprètes fidèles. D’une part, Ruben Sanchez est un danseur de claquettes. Au cœur d’une cellule rythmique, reproduite séquencée, saccadée, il sait rechercher les variations, les syncopes, les hauteurs, les doubles croches. À travers ces sortilèges, on feuillète une histoire des mouvements du corps.

D’autre part Annie Hauer, épanouie dans les courants alternatifs de la danse, distille un mouvement mélodique, tout dans le glissé et la modulation d’un continuando instruit par le relâché. Les danseurs travaillent sur le son. Ils produisent aussi leur propre son. Ici, deux interprètes très distincts entament un dialogue corporel, où la grande rigueur cérébrale de l’écoute suscite le soulèvement sensuel de ce qui de l’être transpire.


Rachid Ouramdane ne cesse d’aller plus loin dans sa recherche, de pièce en pièce. Inferno Magazine