THÉÂTRE

CHRISTIAN GONONFR SINGULIS | LA SEULE CERTITUDE QUE J’AI, C’EST D’ÊTRE DANS LE DOUTE, COMÉDIE-FRANÇAISE PIERRE DESPROGES

Comme une alliance fraternelle, un territoire commun à leur amitié posthume, Christian Gonon réunit ses textes préférés de Pierre Desproges. Un délicieux singulis à l’humour noir et libérateur.

Desproges à la Comédie-Française... étonnant, non ? C’est l’histoire de la reprise heureuse d’un spectacle aux maigres accessoires, mis à part une bouteille de vin prestigieux dont la robe sert de décor. « Le rire n’est jamais gratuit : l’homme donne à pleurer mais il prête à rire. » Voilà trente ans, Pierre Desproges disparaissait. Christian Gonon lui rend hommage en juxtaposant malicieusement des extraits des Chroniques de la haine ordinaire (France Inter, 1986), de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède (France 3, 1982), et de son livre Vivons heureux en attendant la mort. Aucun des textes n’a été conçu pour la scène sauf un inédit. Tous consacrent la qualité de la langue de l’humoriste. Sans jamais chercher à l’imiter, le comédien prolonge avec aisance et simplicité les premières salves tirées contre la médiocrité humaine, fustige la bonne conscience, se moque des angoisses mortelles, et prouve à son tour que oui, on peut rire de tout. Tour à tour précis, anguleux, acerbe, étrange, fuyant, frontal… il transite entre élégance légère, froide lucidité et douleur joliment tue. « Ce serait tout ce que je préfère de toi, que je n’aurai jamais le talent d’écrire, mais  que je pourrais faire entendre sur une scène de théâtre » adresse-t-il à Desproges. « Quelle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide, poil aux rides ? » Et on imagine les deux compères en train de siroter un verre de Château-Figeac en débattant sur l’impression profonde de la nature douteuse du genre humain.


Tout est signifiant, tout est burlesque et féroce, tout flirte avec l’absurde. Franceinfo