MACARENA RECUERDA SHEPHERDES ¡AY! ¡YA!

Désolé. On va le faire un peu compliqué, juste un instant. Mais c’est pour donner une excellente nouvelle. La petite complication consiste à cesser de croire que notre oeil n’est qu’un genre de caméra, captant tout ce qui se présente. Problème. L’oeil est humain. Directement relié à un cerveau. Lequel a ses manières de voir. Bien à lui. La bonne nouvelle, c’est qu’un spectacle, intitulé ¡AY! ¡YA!, exploite cette donnée, de manière épatante, jusqu’à étourdissement.

Cela se donne en duo espagnol, avec composante catalane et composante basque. Déjà un alliage qui ne peut être fade. Deux danseuses, aux physiques très marqués, se jouent chacune de deux costumes de scène : un impeccable justaucorps de blanc satin et un vague survêtement rouge. Tout sera très simple à partir de là. Intervertissez le haut et le bas, le rouge et le blanc, l’impeccable et le vague. Articulez. Recomposez.

Les interprètes se rapprochent, s’imbriquent, s’intriquent. En découlent des corps à deux têtes, et à huit membres. Des postures abracadabrantes. Des jambes qui se prennent pour des bras. Des culs par-dessus tête. D’aimables monstres grotesques. Des bouffonneries corporelles. Car le cerveau, toujours lui, voudrait continuer de reconnaître des morphologies stables et bien normées. C’est cette obstination qui crée le dérèglement joyeux des perceptions.

L’illusionnisme ne joue pas sur la manipulation des objets. Il déjoue les attendus installés dans le regard. On l’a appris au moment de sortir de ¡AY! ¡YA! Et on en est franchement réjoui.


¡AY! ¡YA! est un spectacle délicieux […], un exercice de « gymnastique » ludique pour notre regard. Un rire et une contemplation qui nous extraient du quotidien pour nous connecter à l’extraordinaire. Artez