DANSE

LA RIBOT, CIE DANÇANDO COM A DIFERENÇACH/ES/PT HAPPY ISLAND

Flamboyante héritière de la Movida madrilène, La Ribot est partie à la rencontre de danseurs et danseuses vivant avec des handicaps. D’où une pièce échevelée, drôle et tendre ; bouleversante.

Happy Island ? Il existerait quelque part une île du bonheur ? Sur cette île s’effectuent de fabuleuses rencontres. À ma droite : La Ribot, performeuse espagnole qui enfiévra Madrid au sortir de la nuit franquiste, installée aujourd’hui à Genève. Depuis lors, ses célèbres mini-solos décapent, à l’acide concentré, toutes les significations de la vie sociale. À ma gauche : l’île portugaise de Madère, où prospère une compagnie de danse inclusive très fameuse, Dançando com a Diferença. Inclusive ? C’est-à-dire : une compagnie professionnelle, qui fait toute leur place à des danseurs et danseuses vivant avec divers types de handicap. Les seconds ont invité la première. Laquelle s’est alors investie à leurs côtés de longs mois durant. Tout processus de création connaît ses difficultés spécifiques. Et pour La Ribot, tout processus de création passe, chez l’interprète, par la conquête d’un maximum d’autonomie, de confiance et d’estime de soi. Le handicap n’y change pas grand-chose. Tous, nous nous définissons à travers nos limites et empêchements, autant que nos puissances et réussites.

Enfin bref : il faut y dégager les voies du débordement. La question du désir travaille là-dedans. Désir d’exister, désir de s’exprimer, désir de jouer, désir de jouir. Désir de désir, sans tabou, à plein corps. Rehaussé par de fantastiques scènes tournées dans une forêt millénaire qui pousse à Madère, Happy Island porte les couleurs relevées d’un conte merveilleux de la joie de vivre, exubérant, voire grivois. Tout sauf compassionnel.


« Happy Island » est un geyser. Son souffle vous porte très haut. Le Temps