DANSE

KAORI ITOFR/JP CHERS

Au Japon, les croyances veulent que les fantômes vivent parmi les mortels. Là-bas, une cabine téléphonique – qui s’appelle le « téléphone du vent » – offre même un moyen de parler à ses disparus. Comme il n’en est pas de même en Occident, Kaori Ito a demandé à six interprètes d’écrire des lettres à leurs absents pour les convier sur scène et, à travers eux, les nôtres. 

La comédienne Delphine Lanson et cinq danseurs sondent leurs écrits – qui disent le manque, la colère, l’amour, l’espoir d’un apaisement… – pour en dégager une force de vie. Au plateau, les mots font naître une danse explosive, précise, virtuose, sincère, non dénuée d’humour et imprégnée du vocabulaire hybride de la chorégraphe de culture japonaise et formée à la danse occidentale. 

Comme dans un rituel pour l’au-delà, nourri par le théâtre nô, les interprètes dansent pour dire au revoir aux morts et pardonner aux vivants. Évoluant entre deux mondes, ils sont comme des esprits flottants qui volent partout pour tenter de compenser « la perte ». Attirés les uns par les autres, ils s’aimantent et se repoussent jusqu’à constituer un ensemble d’humanité qui, entre force et vulnérabilité, continue à vivre irrésistiblement. Une performance qui suscite le frisson. Ou peut-être est-ce nos Chers disparus qui vibrent à nos côtés…


On quitte la salle en ressentant que ces Chers nous hanteront pendant longtemps. La Terrasse