THÉÂTRE

JACQUES VINCEY CDN DE TOURSFR L’ÎLE DES ESCLAVES MARIVAUX

Quatre naufragés, deux maîtres et deux esclaves. Une île étrange, lieu d’une société utopique, dans laquelle les uns se sont affranchis des autres. Dans cette version de la comédie satirique de Marivaux, Jacques Vincey nous invite à vivre une expérience réjouissante de théâtre éthique et politique.

Créée en 1725, L’Île des esclaves débute par une promesse d’aventures excitantes : de jeunes voyageurs athéniens se trouvent échoués sur un îlot imaginaire, où, dit-on, les privilèges ont été abolis. Or bientôt les voilà forcés d’échanger leurs rôles habituels sur ordre exprès du gouverneur de la place. Qu’adviendra-t-il alors ? En un acte et onze scènes, la pièce questionne l’ordre établi à travers la critique des rapports sociaux fondés sur la hiérarchie des rangs. À la fois champ d’investigation et dispositif expérimental, le plateau révèle la vérité des êtres sous le masque de leur personnage. Poussés hors d’eux- mêmes et les uns contre les autres, les protagonistes sont contraints d’apparaître à nu, de révéler leurs travers, leurs forces et leurs faiblesses. Tour à tour dompteur, confesseur et maître du jeu, Trivelin traque avec une brutale virtuosité les vanités fétiches et les pulsions cachées. Et nous, spectateurs, sommes alors placés dans une position ambiguë : celle de témoins privilégiés d’une expérience transgressive, farcesque et cathartique non dépourvue de cruauté. Jacques Vincey et les comédiens de l’Ensemble Artistique du T° réussissent à créer un vertige exaltant comme un appel d’air révolutionnaire tout en nous interpellant sur des sujets cruciaux d’aujourd’hui tels que l’inégalité sociale, l’oppression et les jeux de pouvoir, la liberté… Au terme de l’expérience, le choix de l’interprétation s’offre à nous : résignation ou lucidité joyeuse ?


L’intelligence de Jacques Vincey est de prendre au mot Marivaux. Libération