JACQUES POULIN-DENIS, GRAND PONEYCA RUNNING PIECE

Une course. Rien qu’une course. Cela se déroule sur un tapis roulant, du genre qu’on voit dans les salles de gymnastique. Dit comme ça, on pourrait craindre que le solo Running Piece soit fort aride, tout minimaliste et répétitif. Or cette action de base va déborder, réjouissante, dans quantité d’attitudes, de gestes, d’essais, de situations qui bousculent le danseur. Et on se passionne pour cette pièce du Québécois Jacques Poulin-Denis, qui tient en haleine. 

À la base, remarquons que ce dernier est également compositeur, électro-acousticien. Plus précisément, c’est un fana du travail sur les trames rythmiques. Bien sûr, l’aventure de l’interprète de Running Piece touche, fondamentalement, aux structures du temps. Mais à coups de variations subtiles, cela tourne à la parabole des destinées humaines. Il n’est qu’à réfléchir à notre époque, nos vies indexées sur la vitesse et les plannings.

Pour le danseur, l’expérience est celle d’un confinement dans un espace et des paramètres temporels fort contraints. En revanche, là comme ailleurs, les solutions interprétatives sont inépuisables. Les intuitions frôlent l’improvisation. Impossible de se lasser de ces stratégies d’adaptation à l’oeuvre, quand il faut suspendre, incliner, rattraper, gérer l’équilibre. Et n’oublions jamais qu’une part essentielle de tous les liens au monde commence par se jouer dans le contact avec le sol. 


Un solo hypnotique […] Entre sur-place et infini. Paris Art