THÉÂTRE

ISABELLE LAFONFR BÉRÉNICE RACINE

Dans cette Bérénice, ni décors, ni costumes d’époque… pas même de rôle assigné. À leur table de travail, des comédiens répètent. Quatre femmes et un homme. Il y a les confidents et les confidentes. Deux langues semblent s’affronter : celle de l’État et celle du cœur.

Après Une Mouette et le triptyque Les Insoumises, Isabelle Lafon choisit la forme théâtrale classique par excellence. Œuvre iconoclaste de Racine en cinq actes  et en alexandrins, Bérénice est une tragédie dont la presque unique péripétie est celle du cœur. Bérénice, reine de Palestine et Titus, empereur de Rome, s’aiment passionnément. Dès son accession au trône, Titus renonce pourtant à cet amour et convoque Antiochus, roi de Comagène. La pièce débute par la préface de Jean Racine à travers la voix imaginée du vieil homme : « Ce  n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie;    il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie ». Dans une scénographie sobre, les comédiens sont tout à la fois : ils jouent, ils tiennent, ils entendent, ils regardent et surtout, ils écoutent. Le groupe d’acteurs est divisé. Un, deux, trois au centre, les autres sont attentifs, suivent, prêts à intervenir, à reprendre, à soutenir, à relever Bérénice – ou Titus ou Antiochus –, à lui souffler ce qu’il y a à dire. Titus: « Ah lâche ! fais l’amour,  et  renonce  à  l’empire ; au bout de l’univers va, cours te confiner, et fais place à des cœurs plus dignes de régner ». Il existe  la langue des états amoureux et celle de la raison d’État. Bérénice, c’est un combat entre des corps et des mots mais ce sont toujours les mots qui gagnent.


Isabelle Lafon propose de la tragédie racinienne une version fluide, limpide, évidente et politiquement très inspirante. (...) Cette Bérénice merveilleuse allie à la délicatesse du trait une intelligence de chaque seconde. Télérama