MUSIQUE DANSE

FLORA DÉTRAZ, CIE PLIfr MUYTE MAKER

Depuis son XVIIe siècle, la philosophie de Spinoza continue de nous mobiliser  : « La joie est l’augmentation de notre puissance d’exister » assurait-il dans son Éthique. La chorégraphe Flora Détraz s’y réfère, au moment de créer Muyte Maker. En flamand ancien, ces mots renvoient à des notions de mutinerie, de trouble, de soulèvement.

Flora Détraz nous vient d’une scène portugaise, aux pratiques de danse et performance bien turbulentes. S’il faut se soulever ici, c’est dans le sens d’un débordement des corps, d’un renversement des codes. Muyte Maker tient autant d’un concert vocal que d’un dispositif chorégraphique.

Quatre jeunes femmes puisent dans un répertoire de chants anciens, entre fin du Moyen-Âge et début de la Renaissance – une époque de profond bouleversement. De nouvelles conceptions de l’être en société touchent à de nouvelles représentations du féminin. Du grotesque au scabreux, de la polyphonie savamment tenue au rire déployé, c’est tout un dérèglement tumultueux que provoque Muyte Maker dans sa partition chorégraphique et musicale.

De cette cavalcade haute en couleurs, tout sauf triste, on préfèrerait ne pas trop révéler les détails tellement étonnants de la disposition scénique, de la machinerie qui articule les corps, et d’étranges instruments qui viennent s’en mêler. Disons que les motifs et les registres abondent, tant visuels que vocaux, joyeusement à rebours de toute banalité.


Une sarabande tantôt hilarante tantôt inquiétante, toujours hallucinante, semblant surgir d’un music-hall du troisième type. Les Inrockuptibles