DANSE

ERNA ÓMARSDÓTTIR, JÓHANN JÓHANNSSONIS IBM 1401 – A USER’S MANUAL (IN MEMORIAM)

La brûlante danseuse islandaise Erna Ómarsdóttir éveille la mémoire d’un monde magique, où les ordinateurs seraient nos bons compagnons.

Éloignement. Nuits sans fin. Population minuscule. Volcanisme grondant. On l’a vu en littérature, musique, cinéma : l’Islande brûle de fécondité artistique, où l’acuité acérée le dispute aux profondeurs insondables. En danse, pareillement. Parmi nous, spectateurs, il existe celles et ceux qui ont vu un jour danser Erna Ómarsdóttir, danseuse islandaise. Et les autres. Formée auprès d’Anne Teresa de Keersmaeker, complice de Björk ou de Sigur Rós, Erna arpente la scène comme on marche au bord du gouffre. Rien ne l’effraie au moment de se disloquer dans l’éructation – chantée aussi – déchirée dans le tumulte d’être soi. Puis elle se retrouve, dans la sensualité chaude des failles enfin pansées.

IBM 1401 – A User’s Manual fut un immense succès dès sa création au début du siècle. Conçu au côté de son partenaire musical, et éternel complice, Jóhann Jóhannsson, ce duo de musique et de danse raconte un merveilleux conte moderne. L’IBM 1401 fut, en  1964, le premier ordinateur introduit sur l’île.  Alors  qu’il n’était pas conçu pour ça, il sut apprendre un vieil hymne islandais. Quand il rendit l’âme, on lui consacra une cérémonie.  

À partir de quoi, la pièce des deux  artistes  rêve d’un monde où hommes et machines sauraient se combiner en harmonie, plutôt que nourrir des anxiétés. En 2017, ils eurent l’idée de la reprendre ensemble.
Or le musicien décéda, tandis que les répétitions débutaient. Ainsi, une émotion particulière empreint ce duo de grande maturité, dont le titre se poursuit In Memoriam. Il n’est pas qu’aux seuls ordinateurs des hommages précieux.


[ERNA ÓMARSDÓTTIR] est une bombe, une sauvage, qui extrait d’elle-même des gestes d’une intensité inouïe. Télérama