THÉÂTRE

DELPHINE SALKINFR/BE SPLENDEUR

Splendeur se déroule dans un palais présidentiel d’Europe de l’Est. Quatre femmes sont là à l’occasion d’une photographie officielle. Il neige et la guerre civile se rapproche. Une tragi-comédie subtile et grinçante écrite par Abi Morgan, l’une des scénaristes les plus en vue en Grande-Bretagne.

Splendeur traite de la fin d’un monde, un certain monde régi par une dictature, quelque part entre la Roumanie de Ceaucescu et la future ex-Yougoslavie. Nous y entrons par la voie des femmes. De quatre amies réunies chez la plus riche et la plus puissante d’entre elles : Micheleine, l’épouse du maître du pays. Nous pénétrons dans leur labyrinthe transparent. Elles boivent des cocktails et semblent refaire la même scène plusieurs fois. Derrière leurs conversations futiles autour de Toy Story ou des sacs Prada... chacune a un personnage à jouer, un rang à tenir. Touche par touche, l’image se fait plus précise. À la manière de thèmes musicaux, les scènes font l’objet de reprises avec variations. Chaque nouvelle version jette sur l’histoire des éclairages nouveaux et inattendus, révélant d’autres facettes de la situation et des protagonistes. Malgré le drame qui se noue et se raconte, on rit beaucoup à l’écoute de ce quatuor féminin à l’humour noir ravageur. « Cinq ans, c’est long, quand vous les passez à mépriser votre meilleure amie. Pourquoi faites-vous cette tête ? Attention, ça vous tombe dessus quand on s’y attend le moins… La vodka piment, juste au fond de la gorge ». Delphine Salkin porte au plateau avec brio cette pièce écrite par la scénariste du film La Dame de fer.