DANSE

ALICE RIPOLL, CIE SUAVEbr CRIA

Samba. Breakdance. Voguing. Funk. Passinho (petit pas) et dancinha (petite danse). Attention  : ce spectacle est une explosion. Dans Cria, la chorégraphe brésilienne Alice Ripoll réunit onze jeunes danseurs et danseuses rencontrés dans les favelas de Rio de Janeiro. Ils sont éblouissants dans leur exploit physique, pour faire crépiter le feu d’artifices de toutes leurs spécialités de danses. Ils sont, elles sont au comble de la virtuosité, ici précise, là volcanique, de subtilité du geste graphique en vraie prouesse gymnique.

Cria est en fait très finement composé par-delà l’embrasement sensuel. Loin d’une surenchère démonstrative, c’est une communauté de destins, de hauts tempéraments et d’épreuves réelles, qui vit et s’échange sur le plateau. Les magnifiques personnalités de Cria affichent une diversité inépuisable. Les rôles masculins, féminins, sont richement investis ; et encore mieux, les circulations et transactions par-delà ces catégories.

Les vocalisations rehaussent le rythme. Des séquences solistes atteignent des sommets. Une rage d’être, une conscience politique dénuée de toute posture ou afféterie, portent le souffle de Cria. Ce mot lui-même renvoie aux notions de création, mais aussi de jeune être, venant d’apparaître, comme un appel à se former. Ça n’est pas sombrer dans l’anecdote que de noter qu’au moment d’orchestrer cette pièce, la chorégraphe Alice Ripoll venait elle-même de mettre un enfant au monde. Au plus dur de la situation d’un pays, triomphe le défi de vivre.


Une énergie ébouriffante au son d’un funk carioca survitaminé. La Terrasse