ÉDITO


La proposition, comme une consigne, apparaît sur un papier déposé sur une table rouge. Elle sous-entend qu’au moins deux personnes la lisent. Les ombres de part et d’autre laissent imaginer des présences. Quelle est la scène ? La table est lisse, elle doit être en métal. Un cône en papier à gauche fait penser au bec d’un avion en papier. Sommes-nous sur une table de jeux ? De jeux de regards, à la fois acteur et observateur, dans un espace complice.

La photo fige un moment de la création de deux artistes qui puisent dans leur pratique quotidienne de la danse et du souffle des sources d’inspiration. La pièce, née sur notre territoire, porte le nom de la promesse d’un voyage, D’ailleurs. Elle a été présentée lors de Parlemonde#2, dans les salons de l’Hôtel de Sponeck, avec des collégiens, chacun à une table. Neuf jeunes qui alternaient face à une personne invitée à poser ses yeux dans les yeux de l’Autre.

Se remémorer, juste après, les mots de Bernard Noël dans son Journal du regard,

ton sourire
dans mes yeux
pense ton visage
Graffiti relevé sur un banc : Ici, assieds-toi et
regarde, mais tant pis pour toi, si tu ne fais que t’asseoir.


et sourire en pensant à tous ces moments vertigineux qu’une saison nous apporte.
Juste une minute.


Yannick Marzin
Directeur




SILENCIOS


Regarder, ce n’est pas regarder ce qui se voit, c’est saisir le conflit résidant dans ce mouvement parmi cette pénombre, où l’ombre perd peu à peu de son mystère et où les lumières se penchent sur son vide. Nous les portraitistes savons sans savoir que l’essence d’une bonne photographie chancèle parmi les bruits profonds des nombreux silences. Israel Galván en sait long sur le silence qui se contorsionne jusqu’au for intérieur et sur son bouillonnement. Il connaissait également ma dissection inconfortable qui ne s’intéresse pas à l’apparence de la réalité parce qu’elle cherchait l’âme dans son expression minimale, parce qu’il n’y aura pas de rédemption une fois le déclencheur activé. Le résultat est une fraction hétérodoxe du temps, qui se joue des conséquences d’avoir fragmenté le conventionnalisme et son indolence poisseuse. Je savais déjà à peu près cela, le reste je l’ai découvert dans le regard vrai d’Israel Galván.

José Aymá


José Aymá est l’auteur de la photo de couverture pour laquelle il nous a écrit ces mots. Il est journaliste, photographe et portraitiste pour le journal espagnol El Mundo. Devant son objectif, ont défilé les plus grandes personnalités du monde de la culture.